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Avatar Legends : The Fighting Game – Un jeu sorti trop tôt

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Avatar Legends : The Fighting Game – Un jeu sorti trop tôt

Avatar Legends : The Fighting Game, c’est le type d’annonce que l’on attendait pas mais qui fait du bien, a fortiori après plusieurs adaptations vidéoludiques discutables qui ont vu le jour au fil des ans. Pour les plus jeunes, l’évocation du simple nom « Avatar » renvoie probablement aux Na’vi des films de James Cameron. Pour d’autres, en revanche, c’est le souvenir d’un dessin animé culte que cela convoque. La série, débutée en 2005, s’inspirait du folklore et des arts martiaux chinois pour toucher petits et grands sans sombrer dans l’enfantillage à outrance. Proposer un jeu de combat dans cet univers, plus d’une décennie après la tentative Beat’em All de PlatinumGames sur La Légende de Korra (2014), n’est pas délirante. Suite à l’annulation d’une première version sous l’égide de Maximum Entertainment, c’est le studio Gameplay Group International qui a récupéré le projet édité par PM Studios et Paramount Games Studios. Un studio qui n’est pas à son premier coup d’essai dans le genre puisqu’il est crédité sur Them’s Fightin’Herds.

Notes : Nous avons joué à la version PS5 pendant 10 heures, le temps de faire le tour de ce que le jeu propose, de se familiariser avec le gameplay et les spécificités du soft. L’auteur de ce papier connait la licence via les deux séries d’animation centrées respectivement sur Aang pour la première itération, puis sur Korra pour la suivante. 

The Last Airbender

Avatar Legends: The Fighting Game // Source : ActuGaming

La série animée a su briller en son temps, au point qu’un sympathique spin-off, La Légende de Korra (2012), est venu enrichir l’univers. Mais l’aura a su perdurer et cette année Paramount a produit un film d’animation, La Légende de Aang, se déroulant plusieurs années après la fin de la première série. Une nouvelle série animée doit voir le jour en fin d’année et on a tous volontairement oublié les films live-action qui, à défaut d’être convaincants, confirment l’attrait autour de la licence. Développé par Gameplay Group International, Avatar Legends : The Fighting Game investit la 2D pour des combats en 1 vs 1 des plus classiques, malgré des subtilités notables.

Première subtilité, la mécanique d’assist du jeu. S’il y a bien des assists dans Avatar Legends : The Fighting Game, il s’agit avant tout de buffs passifs visant à remplacer des coups, à en modifier d’autres, voire à accentuer les techniques et/ou déplacements d’un personnage. Chaque combattant dispose de 3 assists propres à lui et qu’il faut choisir sur l’écran de sélection avant d’engager un combat. C’est plus ou moins une reprise des variantes de style dans Mortal Kombat X . Les archétypes ne changent pas mais le gameplay peut évoluer de sorte à jouer différemment, à revoir son plan de jeu.

Cela ajoute à la fois de la profondeur aux personnages et au jeu puisque le choix de l’assist impactera la manière de jouer. Des variations qui sont suffisantes pour combler, en partie, le faible casting de 12 combattants. Mais la véritable singularité d’Avatar Legends : The Fighting Game, sa plus-value évidente, c’est la mécanique de flow. Bien que le jeu se joue avec trois boutons d’attaque (coup faible, moyen, fort), un quatrième dédié au flow existe. Le flow, c’est un peu comme la gestion de sa respiration dans la pratique d’un art martial. Si l’on ne le maîtrise pas, on ne maîtrise ni le jeu ni son plaisir.

Le flow est multifonction et dépend logiquement d’une barre d’énergie à gérer avec intelligence. Initialement, il s’agit d’un bouton défensif pour l’entièreté du casting. Une simple pression sur le bouton permet d’esquiver avec élégance la totalité des offenses adverses. Mais si l’on ajoute une direction, la magie opère. Le flow permet alors de se déplacer rapidement sur le terrain et va traduire la personnalité, le style d’un combattant. Qu’il s’agisse de Korra, d’Aang ou du seigneur du feu Ozai, etc., le flux n’agira pas pareil. Il n’influera pas de la même manière sur le gameplay des uns et des autres. Car l’identité d’un combattant se définit surtout via cette mécanique.

Something is killing the game

Avatar Legends: The Fighting Game // Source : ActuGaming

Quand bien même un budget que l’on devine restreint, saluons le travail des équipes qui, sur la forme, ont su retranscrire la patte de la série animée. Sans aller jusqu’à nous arracher la rétine à l’instar d’un jeu Arc System Works, les environnements comme les animations sont satisfaisants et garantissent fluidité dans l’action et fidélité esthétique à l’œuvre originale. Le respect des matériaux de base se retrouve jusque dans le gameplay. Les combats ne lésinent pas sur les déplacements, au sol comme en l’air, et donnent la part belle aux effets élémentaires pour coller au plus près des affrontements de la série.

Le plaisir d’user des techniques propres à chaque personnage est réel et après quelques sessions de jeu fastidieuses, on commence à prendre ses marques. Parce que oui, il faut un peu de temps avant d’apprécier l’expérience proposée par le studio. Avatar Legends : The Fighting Game n’est pas accueillant pour le tout-venant. Habituellement, les jeux à licence se veulent plus ouverts au grand public, y compris dans les jeux de combat pourtant de niche. Sauf que maîtriser l’ensemble des éléments n’est pas chose aisée et, malgré la présence d’un mode d’entraînement correctement fourni, avec des tutoriels et des défis combos, le soft ne nous tend pas la main et/ou le fait mal.

Les informations sont imprécises, les touches mentionnées ne sont pas toujours correctement affichées, sans compter les timings capricieux exigés pour exécuter un enchaînement. Si l’on a connu pire en termes de complexité, il y a un auto-combo (même si les quarts de cercles doivent être maîtrisés), la latence d’input sur PS5 peut nuire à l’exécution. Mais c’est bien la mécanique de flow qui requiert l’essentiel de l’apprentissage, notamment parce qu’elle s’impose dans les combos les plus gratifiants à réaliser. Devenir un véritable maître Avatar capable de maîtriser les éléments, ça se mérite. Néanmoins, la facilité d’accès du soft pose question compte tenu de la licence, mais le parti pris se défend.

Le plus frustrant reste l’option de découpage rythmique des combos. L’idée de s’approprier les jeux de rythme pour faciliter l’apprentissage des combos est géniale. Malheureusement, dans la pratique, c’est laborieux. C’est peut-être uniquement nous, mais ce découpage que l’on juge mal implémenté ne nous a pas du tout facilité la tâche, bien au contraire. C’était plus simple d’essayer de réaliser les combos à la volée, comme dans tous les autres jeux de combat, plutôt que passer par le découpage rythmique. On souhaite voir cette mécanique exploitée, y compris dans d’autres jeux de combat, mais il faut la rendre plus ludique et plus efficace, ce qui n’est pas le cas ici. Pour des raisons qui nous échappent un peu, par ailleurs.

Aang a des problèmes d’argent

Avatar Legends: The Fighting Game // Source : ActuGaming

La question de l’accessibilité des jeux de combat ne cesse de nourrir des débats plus ou moins pertinents. Ne pas tendre la main aux joueurs et joueuses peut faire tiquer bons nombres de joueurs et de joueuses, a fortiori chez les moins expérimentés. Dans les faits, ce n’est pas un problème. Ce qui l’est, c’est le manque de finition des fonctionnalités autour des tutoriels ainsi que le approximations qui peuvent frustrer durant l’apprentissage. En outre, l’option de faciliter qui consiste à se servir du mode histoire pour familiariser les joueurs au gameplay du jeu, et à ses divers personnages, n’est pas exploitée.

En fait, la partie solo du jeu n’est pas du tout engageante. L’arcade promet d’apporter des informations sur les personnages, mais ce n’est pas le cas. Pire, compléter le mode arcade n’offre rien de plus qu’un artwork dispensable. Quant à l’histoire, le scénario est ridicule au possible. Le casting est doublé fort heureusement, mais c’est à peu près le seul atout de ce mode. La narration n’était pas une priorité malgré les 3 à 4 heures demandées pour en voir la fin. Un constat amère pour une licence animée dont l’écriture reste un point fort. Il n’y a même pas d’option pour gérer la difficulté et nous sommes contraints de subir des I.A vicieuses, un peu injustes aussi, au milieu d’une succession de dialogues inintéressants.

C’est malheureux, car ce n’est pas une question de budget mais bien un manque d’ambition, de temps aussi visiblement. On voit que l’univers de la série est connu, les caractères et les relations entre personnages sont globalement respectés, mais ce n’est que du vide. Entre l’absence d’enjeux et le délire d’univers parallèle, on s’en serait bien passé. Opter pour le résumé bête et méchant qui retrace les intrigues principales de d’Avatar, le dernier maître de l’air et de La Légende de Korra était plus judicieux. Le désintérêt pour la partie solo et, par extension, d’une partie des joueurs et joueuses peu axés sur le compétitif et le jeu en ligne, n’est pas justifiable.

Il l’est encore moins devant un contenu en ligne tout aussi pauvre. Dans son état actuel, Avatar Legends : The Fighting Game ne propose ni parties classées ni mode spectateur. Certaines rédactions l’ont soulevé, le jeu n’est pas terminé. Le récent communiqué des studios donne raison à cette affirmation en promettant des ajouts de contenus, dont les absences susmentionnées, pour cet automne. Ajoutez à cela, le fait que l’on apprenait la veille de la sortie du soft que les versions Xbox sont repoussée de plusieurs mois, et que des fonctionnalités manquent à la version Switch 1. La patience est une vertu que l’éditeur Paramount ne cultive malheureusement pas, avec les répercussions que cela implique.

C’est difficile de totalement se prononcer sur Avatar Legends : The Fighting Game étant donné sa sortie prématurée. Le jeu développé avec passion et amour du genre, on n’en doute pas, n’est pas prêt pour son public. Entre le mode entraînement perfectible, l’absence de modes de jeu viables, hors ligne comme en ligne, il y a peu de choses à faire à part s’entraîner sans relâche dans des conditions peu confortables. Le mieux c’est d’attendre l’automne que les arbres se découvrent et, on l’espère, découvrir une expérience complète et sans accroc. De nos jours, comme depuis bien longtemps en réalité, un jeu de combat ne peut plus se reposer uniquement sur son gameplay. Avatar Legends ne fait pas exception, peu importe la qualité de ses combats et malgré un prix en dessous de la concurrence. Cela dit, l’espoir subsiste, tout n’est pas encore perdu mais il faut encore se montrer patient.

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